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Enigmatique génocide rwandais Soif de Vérité à la lumière du procès de Montrèal
 François Munyabagisha http://www.vigile.net/_Munyabagisha-Francois_ Tribune libre de Vigile dimanche 1er novembre 2009
Les yeux de la justice humaine nous paraissent parfois similaires à ceux de l’amour. Ceux-ci sont mono, et aveugles à la réalité. Je ne saurais surement pas juger Munyaneza. Je ne saurais dire si oui ou non il a des crimes roulés dans ses manches. De même je ne saurais me satisfaire du verdict rendu par le juge montréalais André Denis. Plutôt suis-je curieux de l’éclairage des sombres fonds des horreurs qui font des ravages au Rwanda depuis plus de 15ans, lequel éclairage devrait avoir guidé la lecture du magistrat André.
Les allégations jugées remontent à 94. Le sang coulait tel une pluie torrentielle, sous l’œil de cameras. Est-ce que sans camera le génocide n’en aurait pas été un ? La violence était extrême, celle que montraient sélectivement ces caméras. Mais elle fut en réalité, beaucoup plus extrême, pour les victimes et là où les cameras étaient interdits. Qui dira le contraire ? La situation se serait améliorée, la justice s’est mise à l’œuvre pour permettre le deuil et faciliter la reconstruction. Indéniablement, ceci est juste et vrai pour ceux qui « devaient mourir parce que « tutsi » ». Mais qu’en est-il des autres qui devaient également mourir, non pas nécessairement parce que « hutu », plutôt parce que l’appât du pouvoir devait valoir leur sang ?
Hélas 94 baigne encore dans la noirceur, et sans y voir claire l’on ne saurait faire le vrai bilan de la suite du déluge, l’on ne saurait valider les jugements qui s’en font. Qui saurait dire si ces châtiments n’en sont pas le prolongement ? Je ne suis pas juriste, mais je sais que l’un des principes sacrés de la justice est la prévalence de la présomption d’innocence en cas de doute raisonnable. De quels crimes s’agit-il, et qu’en sait-on hors de tout doute raisonnable ? Jusqu’à date, aucune instance n’a établi clairement ce qui s’est passé en 94 au Rwanda, encore moins les responsabilités impliquées. On se satisfait de citer « 800 milles tutsi et quelques hutu », un constat théorique estimatif jamais confronté à l’autre triste réalité. Des tutsi et des hutu ont été tués en masse, il serait sans recensement hasardeux d’avancer des chiffres. Et Kigali en est conscient, raison pour laquelle il refonde les registres administratifs et démographiques, pour rendre l’exercice impossible. Seules les collines jadis verdoyantes et fourmillantes de cultivateurs en témoignent, aujourd’hui elles sont cruellement désertes.
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